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[Carnet noir] Fritz Gruber

Fritz1J’imagine que la plupart des lecteurs de mon site ignorent totalement qui est Fritz Gruber. Ou plutôt qui il était. Forcément, c’était quelqu’un de l’ombre dans le milieu du jeu. Pas un auteur renommé, bien qu’il ait commis quelques jeux comme par exemple Bakschich en 1995. Pas un ludologue non plus, à la Alain Bideau par exemple encore. Non. Fritz Gruber était juste un amoureux des jeux qui en a fait son métier. Quelqu’un d’assez atypique et attachant, un bon vivant et un homme vrai.

J’ai eu la chance de le côtoyer pendant de nombreuses années lors de mes pérégrinations au salon d’Essen. En fait, je le connaissais depuis mes premières présences là-bas, en 2002 et 2003. A l’époque, il travaillait chez Kosmos. Il était le big boss, enfin celui qui avait en charge les relations presse. Je me souviens parfaitement de toutes nos entrevues. Certes, celles-ci étaient professionnelles, certes, je venais auprès de lui pour récupérer les nouveautés de l’éditeur pour en parler sur mon site. Certes. Mais nos relations ne s’arrêtaient pas à cela.

Fritz8En effet, années après années, nous avions appris à nous connaître et chaque entrevue était l’occasion de partager un café dans son espace personnel sur le stand Kosmos. A ce sujet, je me rappelle qu’il me sidérait par son attitude tout à fait incroyable. D’abord, il me donnait rendez-vous le matin, tôt le plus souvent, avant même que le salon n’ouvre. Il me recevait dans son box, une zone totalement à part dans le salon, et pourtant tout contre le stand commercial de Kosmos. A part, oui, parce que on était chez lui quand on entrait. Chez lui, car il y fumait comme un pompier, ça poquait et j’oserais même dire que le whisky n’était pas loin… Mais c’était magique. C’était un moment à vivre et que je suis si heureux d’avoir vécu plusieurs années durant.
Parfois, il me parlait de vin, de vin du Beaujolais, attaché qu’il était à la région où je vis. Il me racontait y venir parfois et qu’il adorait ce vin, surtout le Chiroubles ou le Morgon. Nos discussions sortaient clairement du cadre habituel des relations entre service presse et webmaster. Il me considérait comme un allié sûr sur le marché français, m’envoyant parfois des colis à d’autres moments de l’année (ah, celui du printemps 2004 avec plus de 10 jeux…), convaincu que j’allais faire le job ! Je me souviens encore du jour où, à Essen, parce qu’il n’avait plus tel ou tel titre pour moi, il a remué ciel et terre et, finalement, m’a remis des jeux d’autres éditeurs pour me faire plaisir !!!

Un gars un peu fou, un gars assez génial en fait… Si atypique. Je me souviens avoir échangé des mails avec lui, la nuit, quelques semaines / jours avant le salon, alors que je tentais de planifier un rendez-vous pour le salon à venir. Il est arrivé que, minuit passé, il me réponde et qu’on échange quelques mails, nos ambiances respectives dans nos maisonnées devant se ressembler avec quelques degrés éthyliques de proximité…

Fritz7Puis, il partit de chez Kosmos. Ce devait être en 2008 ou 2009. Inutile de dire que, par la suite, mes relations avec la maison d’édition changèrent du tout au tout. Je m’appuyais sur mes relations avec lui pour communiquer et les personnes rencontrées alors chez l’éditeur semblaient dire que Fritz n’était plus là et que c’était tant mieux. Ou pas loin… Pas facile dans ce contexte… S’il était parti, ce n’était pas pour rien. En effet, il allait intégrer le jury du Spiel des Jahres en 2010 ! Sa grande connaissance du jeu, son aura, son métier, tout cela était reconnu d’une certaine manière. A l’automne, je l’avais revu à Essen dans ce cadre-là, sans arrière-pensée de jeux à récupérer. C’était un plaisir pour moi, et pour lui aussi, qu’on discute une fois encore. Je lui avais apporté, alors, une bouteille de Chiroubles ! Qu’est-ce qu’il était content…

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Plus tard, en 2013 je pense, il rejoignit la prestigieuse, mais vieillissante, maison d’édition Mattel. Il y créa une nouvelle gamme, pour les joueurs confirmés. Quelques jeux furent ainsi publiés, dont Bania, un jeu très sympathique, avec une mise en scène incroyable à Essen 2014. La partie jouée sur place est d’ailleurs lisible ici : lien.

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Il était toujours égal à lui-même, les cheveux longs volant au vent et généreux dans ses attitudes. Il nous offrit des boissons collector avec le logo du jeu dessus, à boire comme des pachas, en y jouant, sur le salon.

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Il était comme ça Fritz, incroyablement authentique et attaché aux relations fortes. Je pense qu’il ne plaisait pas à tout le monde, mais, pour moi, il fait partie des personnes que j’ai pu côtoyer dans le milieu du jeu et qui n’ont jamais changé. Il a été quelqu’un de fantastique pour le développement de mon site, mais ce que j’ai le plus aimé chez lui, c’était son côté vraiment réel, attaché aux choses simples et aux gens.

Merci pour tout Fritz. J’ai vraiment été peiné de ta disparition que j’ai découverte dans Spielbox. C’est arrivé le 18 mars. Tu allais avoir 60 ans en avril. Ça m’a vraiment fait un choc. Essen ne sera plus jamais pareil sans toi. Tu faisais partie de mes « anciens », tu ne seras plus là… Adieu.

Vous pouvez lire l’article consacré à Fritz Gruber et paru dans le Spielbox de mars ci-dessous.

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4 commentaires à propos de “[Carnet noir] Fritz Gruber

    • Merci Lapinesco de ce message. En effet, ça m’a fait déjà du bien d’écrire cette chronique, mais j’espère aussi qu’elle restera comme un témoignage, quelques tranches de vie, car le milieu du jeu n’est pas toujours qu’un milieu ludique.
      Je t’avoue que je pensais avoir plus de réactions comme la tienne. Notamment des « anciens », plus susceptibles d’avoir connu Fritz Gruber.

      Merci en tout cas.

  1. Très beau témoignage, qui nous permet, à cette triste occasion, de nous faire découvrir un certain envers du décors du milieu du jeu et une personne qui semblait très attachante. Petite suggestion : ne serait-il pas envisageable, dans le cadre de ce site, de nous faire découvrir quelques uns de ces personnages (auteurs, éditeurs…) qui t’ont marqué, à travers des « portraits maison » teintés de la subjectivité due à votre relation et de ton talent narratif ? Et tant qu’à faire, leur rendre un hommage de leur vivant…

    • Merci de ce message qui fait chaud au coeur. Bonne idée ces portraits que tu suggères, encore faut-il être motivé pour les dresser. Là, pour Fritz Gruber, c’était venu tout seul, comme une sorte de besoin. Je ne pense pas que j’aurai la même implication immédiate sur une personne vivante. Mais je garde l’idée… J’aime beaucoup le principe de parler des « à-côtés du jeu ».

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