[19/04/2003] Eaux Vives

Participants
– Vincent, à qui je suis ravi de faire découvrir ce précurseur des jeux d’évolution, au thème très marqué,
– Sophie, en route pour sa deuxième partie de ce jeu de la soirée,
– Ludo le gars, votre serviteur.

Déroulement de la partie
Eaux Vives est clairement l’un des chouchous de ma ludothèque. A ce titre, lors de la thématique sur les jeux de survie et d’évolution organisée par Les Ludophiles, je  m’empresse de présenter ce jeu aux personnes qui ne le connaissent pas. Enfin, pas encore…
Vincent est de ceux-là, et lorsque l’on sait qu’il en connaît un rayon au niveau jeux, et qu’il est un adepte d’Evo notamment, je ne peux que me réjouir à l’idée de lui montrer qu’en Eaux Vives réside un véritable concentré de ce qui se fait de mieux à ce niveau.
J’explique la règle en quelques minutes et nous voilà bercés par le roulis des Eaux vives…

Cette partie débute avec Vincent comme
premier joueur avec les espèces rouges, suivi de Sophie avec les
espèces jaunes et Ludo le gars avec les espèces marrons.
Les deux premiers tours sont ultra-rapides, malgré l’apprentissage
total de la part de Vincent et la remise au point de la part de Sophie,
qui vient d’achever une partie avec Delphine.

Les manières de jouer sont saisissantes
de différences :
– Vincent, en bon expérimentateur, tente de placer des espèces
de différentes tailles dans le ruisseau, en s’inspirant du jeu
de Sophie et de moi,
– Sophie se place résolument en prédateur, avec l’intrusion
permanente de grosses bébêtes dans le ruisseau (des consommateurs
tertiaires et quaternaires qui se régalent des poissons intermédiaires
de Vincent),
– Ludo le gars se lance dans le végétal à outrance,
véritable jardinier des eaux vives, avec des effectifs de producteurs
qui atteignent la limite (15 plants) par moments.
Le jeu offre déjà cette facette sympa : autoriser de multiples
possibilités.


Vincent commence à percevoir que les plantes, ça pousse
bien…

Mais je suis confronté à un
problème qui pourrit le système : je ne peux pas vraiment
être efficace dans ma quête de me nourrir des plantes de Vincent
puisque Sophie est à l’affut avec ses gros poissons. Si l’un de
mes C1 montre le bout de son nez hors des rochers, ses C4 sortent de l’ombre
et se jettent avec agressivité sur mes pauvres poissons. Et il
ne me sert à rien d’attendre un tour ou deux le temps que ses grosses
bêtes meurent, elle en replace aussitôt en phase de colonisation
!


La configuration finale du jeu


La partie débute à peine : 3ème tour de jeu
et des stratégies assez différentes…

Par la suite, Vincent ré-adapte sa
stratégie en plantant de plus en plus de végétaux,
ce qui génère des difficultés en sels minéraux
dans le lit de la rivière : nous sommes en passe d’avoir de sérieux
sur-effectifs de plantes et plus assez de nourriture pour elles.
Dans le même temps, Sophie écume la rivière au niveau
des consommateurs C1 à C3, en avalant goulument tout ce qui passe
à sa portée. Quel redoutable prédateur…

Ce qui devait arriver se produit alors,
et c’est le premier tournant du jeu, mes plantes subissent de plein
fouet la pénurie en sels minéraux. Résultat : je
perds la moitié de mes effectifs, ce qui offre à Vincent
la possibilité de nourrir les siennes !
Lors des tours suivants, cette situation se reproduit à plusieurs
reprises et ma réputation de jardinier des eaux vives en prend
un sacré coup : mes plantes se réduisent à un souvenir
ou presque et je tente de réagir en modifiant mes axes de jeu.
Ainsi, je tente d’implanter des consommateurs primaires en grand nombre
pour ravager les cultures de Vincent, qui semble prendre le dessus sur
la partie.


Sophie retire avec gaieté ses satanés gros poissons
de la rivière : ah, pour une fois, ils n’ont pas assez à
manger…

Je ne vois pas très bien comment
réagir, même si je bénéficie de la place
de dernier joueur, m’assurant de jouer en dernier lorsque le jeu s’achèvera.
Cela ne me suffira certainement pas à doubler Vincent, et j’espère
au moins finir devant Sophie, histoire que le jeu soit un tantinet moral…
La partie s’achèvera juste avant l’extrême limite : 15
tours plein !

Décompte final
Vincent remporte cette partie avec un total de 19 pions
dans les eaux vives, suivi de Ludo le gars avec 15 pions et Sophie avec 13 points.
Le détail des pions dans le ruisseau est le suivant :

Catégorie
Vincent
Sophie
Ludo le gars
Total
P
11
1
9
21
C1
7
1
4
12
C2
0
4
0
4
C3
1
1
0
2
C4
0
6
2
8
Total
19
13
15
47

Débriefing
J’adore véritablement ce jeu : un condensé de mécanismes
simples mais efficaces, lié à un thème d’un rendu exemplaire.
Vincent a jugé aussi que le jeu était diablement bien fait, surtout
au vu de son grand âge et de son manque de réputation. Sophie,
de son côté, adopte la même position : elle a quand même
fait 2 parties de ce jeu ce soir, ce qui veut dire certaines choses…

Sur le plan des mécanismes de jeu, j’ai trois éléments
importants à noter :
– Jouer des gros prédateurs à outrance favorise le jeu de celui
qui se concentre sur les plantes, en seconde position (une fois que la pénurie
en sels minéraux a eu lieu). En effet, il devient impossible de ravager
les cultures puisque toute sortie de C1 se solde immédiatement par un
festin !
– Etre premier joueur toute la partie (le cas de Vincent) est clairement un
désavantage, ou au moins un déséquilibre, car on sait que
tous les autres joueurs joueront après vous avant que le jeu ne s’arrête.
Il faut remédier à ceci de manière impérative et
nous testerons, la prochaine fois, une variante que nous avons élaborée
en fin de partie : à chaque tour, on mise des points qui seront déduits,
en fin de partie, de notre score. Ainsi, si on mise beaucoup pour choisir souvent
sa position dans le tour, on risque d’être couvert de malus avant le décompte
final, ce qui n’est pas forcément un bon calcul. En revanche, cette technique
peut apporter un plus considérable en milieu de partie, lorsqu’il s’agit,
parfois, de jouer avant les autres pour pouvoir se nourrir, avant qu’il ne soit
trop tard (sels minéraux pour les plantes notamment).
– La détermination aléatoire de la fin de partie est très
contraignante : les effectifs pouvant changer du tout au tout d’un tour à
l’autre, comment gérer des pénuries potentielles ou prendre des
risques si l’on n’est pas sûr que le jeu va effectivement s’arrêter
dans la foulée ? Il faudrait, là aussi, trouver un système
de fin moins tiré du chapeau. Surtout qu’il est difficilement justifiable
par rapport au thème que le jeu s’arrête d’un coup, comme ça…

Qu’à cela ne tienne, le jeu est excellent et il faut vraiment que je
fasse les recherches qui s’imposent pour que celui-ci soit connu, tôt
ou tard, du plus grand nombre des amateurs de jeux actuels : il n’a rien à
envier du tout aux productions modernes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*


5 + sept =